Power 40 : l’algorithme invisible 2/2

Cet article fait suite au précédent, consacré au format CHR, à la suite de nombreuses demandes pour un éclairage plus technique sur son fonctionnement réel.

Vous pensez choisir ce que vous écoutez à la radio ? En réalité, c’est lui — le Power 40 — qui choisit pour vous. Ce n’est ni un animateur, ni un DJ inspiré, mais un algorithme redoutable, un planning millimétré de rotations, qui décide quels titres ont le droit d’exister à l’antenne. Et lorsque toutes les radios finissent par sonner pareil, ce n’est plus un hasard.

Emission spéciale Patrick Bruel sur Nostalgie, image issue du site Nostalgie.

Qu’est-ce que le Power 40 ? La mécanique implacable

 Le Power 40, c’est un procédé de “heavy rotation” typique des radios formatées (CHR, Top 40). On ne parle pas de platines aléatoires, ni d’émissions “libres”. C’est un système de programmation automatisée, construit autour de playlists restreintes — souvent entre 25 et 40 titres actifs.

Ces morceaux sont classés, planifiés, assignés à des “spins” précis dans la journée. Le cœur du système repose sur une hiérarchie stricte des rotations : les “power currents” (les hits du moment) occupent les slots les plus fréquents, tandis que les “recurrents” (succès récents) et “hot recurrents” (tubes en phase descendante) comblent les intervalles pour maintenir une fluidité sans redondance excessive.

Le tout est généralement géré par des logiciels de programmation musicale qui optimisent les écarts entre deux passages d’un même titre pour maximiser l’impact sans lasser l’auditeur. Quand une chanson est “power current”, elle peut être diffusée toutes les 1 h 20 à 1 h 30, et dans certaines radios américaines, le même hit est joué plus de 100 fois par semaine. Le Power 40 ne laisse pas de place aux surprises : chaque créneau musique est calibré pour optimiser l’attention, éviter les zaps et fidéliser un public “jeune & facile à rentabiliser”.

Un pari stratégique

 Pour les radios commerciales, le Power 40, c’est l’arme fatale. En limitant la rotation à un petit nombre de titres, elles savent exactement combien de fois un morceau sera joué, ce qui facilite les négociations avec les labels, la planification publicitaire et les projections d’audience.

Un morceau entendu 5 à 6 fois par jour a beaucoup plus de chances de devenir un tube, ou au minimum un son familier que tu reconnais sans même savoir pourquoi. Quand tu entends le même morceau sur plusieurs radios musicales à des moments différents de la journée, c’est la victoire du Power 40 : la preuve que la stratégie a réussi à imposer quelques titres partout, tout le temps.

Image issue du site Spotify.
Image issue du site NRJ.

Cela me titille

Ce format a un coût : l’uniformité, l’absence de risque, l’anesthésie culturelle. Avec des playlists serrées et des quotas implicites de nombre de passages, il reste très peu d’espace pour les artistes émergents, les sons vraiment différents ou les prises de risque éditoriales.

Les radios “hits” finissent par sonner toutes pareil, au point que leur identité propre disparaît derrière le format. L’auditeur a l’impression de choisir sa station, alors que ce sont souvent les mêmes morceaux qui tournent en boucle.

Le Power 40 est une machine très efficace dès qu’il s’agit de commerce, mais pour la culture, il tue la surprise : ceux qui veulent découvrir autre chose doivent aller chercher du côté du streaming, des radios locales ou des scènes indépendantes.

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