Quand NRJ, Fun Radio et les autres ont adopté le “format CHR”, elles n’ont pas inventé un modèle : elles ont importé une machine américaine à fabriquer de l’audience. Hits en boucle, habillage agressif, animateurs survitaminés (snif, snif)… Une stratégie copiée-collée des radios US comme Z100 New York ou KIIS-FM Los Angeles.
Standardiser l’attention
Le CHR (Contemporary Hit Radio) fonctionne comme une usine musicale quasi-algorithmique. Les playlists ne sont pas choisies au hasard : chaque titre est évalué selon sa popularité, son tempo, son énergie et les réactions d’auditeurs tests. Les morceaux sont ensuite classés et diffusés en rotation ultra-contrôlée, parfois jusqu’à 18 fois par jour aux États-Unis, pour maximiser la rétention de l’audience. Les audiences sont continuellement mesurées, et la rotation des titres ajustée en permanence.
Cette stratégie écrase tout ce qui dépasse : pas d’expérimentation, pas d’imprévu, juste un flux continu pensé pour éviter chaque risque de zap. Là où les radios étudiantes bricolent et se plantent avec panache ( voir article), le CHR applique une discipline militaire. Un système où la créativité est un défaut, et la conformité, une vertu
“Si ça cartonne là-bas, on l’importe ici”
Aux États-Unis, le CHR s’impose dès les années 70 avec des stations comme WHTZ (Z100) ou KIIS-FM, qui misent sur les hits, l’énergie et la répétition calculée. La stratégie est simple : capter les ados, les garder, les monétiser.
En France, au début des années 80, NRJ observe le modèle… et applique la recette à la lettre. Peu importe l’identité culturelle, l’objectif est stratégique : prendre le leadership sur une audience jeune encore non fidélisée. Pas de prise de risque. Pas de création d’un style français. Juste un copier-coller assumé, efficace, testé sur des millions d’Américains.
La stratégie du marché captif
Le CHR cible la jeunesse comme un segment ultra-rentable. Aux USA, KIIS-FM construit son empire sur les 12–25 ans. En France, NRJ fait pareil : elle transforme ses auditeurs en “produit” pour les annonceurs. Et ça fonctionne. Depuis 30 ans, le CHR domine la FM française, écrasant les formats alternatifs.
Avec mon expérience en radio étudiante, le contraste est frappant : pendant que nous expérimentons des formats improbables et innovants, les grandes radios FM se contentent de reproduire à l’identique les recettes venues des États-Unis… et raflent l’audience. Cela me fait penser à Adorno et Horkheimer dans La Dialectique de la Raison (1944), où ils analysent l’industrie culturelle : selon eux, les médias standardisent les contenus dans un but purement lucratif, transformant la culture en marchandise et réduisant le public à une masse passive et aliénée.
Finalement, le CHR a fait de la FM française une machine à hits copiée sur l’Amérique : répétition, standardisation, auditeurs captifs. La créativité est donc un luxe que seul les affranchis, radios libres et radios étudiantes osent s’offrir.
Créativité = luxe, conformité = règne.